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Mind Game

 

Présenté par REKI

Dernier ovni en date produit par le studio 4°C, grand spécialiste du genre, Mind Game est un long-métrage sorti en salles au Japon le 7 août 2004. Il est réalisé par Masaaki Yuasa d’après le manga de Robin Nishi (3 tomes parus entre 1995 et 1996), qui met en scène son propre personnage, Nishi, jeune dessinateur de manga d’Osaka.

 Le scénario est une bonne représentation de l’esprit général du film. Nishi retrouve par hasard son premier amour, Myon, qui l’invite à dîner dans le restaurant de yakitori qu’elle tient avec sa soeur Yan. Arrive Ryou, le fiancé de Myon, puis deux invités-surprise, des yakuza venus réclamer l’argent que leur doit le père des deux jeunes filles. La discussion courtoise qui s’ensuit dérape légèrement et Nishi est tué d’une balle dans l’arrière-train, ce qui lui donne l’occasion de rencontrer Dieu, à qui il ne fait pas forte impression, mais qui finit néanmoins par lui accorder une deuxième chance. De retour sur Terre et décidé à prendre sa vie en main, Nishi parvient à s’enfuir du restaurant avec Myon et Yan mais notre joyeuse bande n’échappe aux yakuza que pour être avalée par une baleine qui passait par là...

Masaaki Yuasa n’est pas l’une des figures du studio 4°C pour rien. Artiste novateur au talent d’animateur reconnu notamment depuis sa participation à la série et au film Crayon Shin Chan, son style surréaliste et ses character designs atypiques ne laissent pas indifférents. Dans Mind Game, son premier long-métrage en tant que réalisateur, il a voulu reproduire l’esprit de liberté et d’improvisation du manga de Robin Nishi. Il a ainsi opté pour un character design simple et anguleux, presque brouillon, et pour l’utilisation libre de diverses techniques d’animation (2D, 3D, dessin, peinture, utilisation de prises de vue réelles...). L’aspect inachevé et le graphisme hétéroclite de Mind Game en font un véritable happening déjanté qui semble se dérouler en direct, peut-être déroutant pour certains, mais un vrai régal pour les fans d’animation.

Pour en savoir plus sur les intentions du réalisateur, je vous propose une traduction maison (depuis l’anglais traduit du japonais, exactitude non garantie ) de l’interview croisée de Masaaki Yuasa, Shinichiro Watanabe et Koji Morimoto parue dans le magazine Newtype en juillet dernier. Shinichiro Watanabe, immortel réalisateur de la série Cowboy Bebop, a joué pour Mind Game le rôle de producteur musical. Quant à Koji Morimoto, membre fondateur et génial du studio 4°C, ben... il n’a pas participé directement à la production du film mais il avait envie d’en parler quand même.

Morimoto : On pensait déjà à faire Mind Game au studio 4°C quand j’ai vu Nekojiru-So (court-métrage co-réalisé par Masaaki Yuasa et Tatsuo Sato, ndlr), et j’ai su aussitôt que Yuasa était l’homme de la situation. C’était comme un mariage divin. (rires)

Yuasa : Ma réaction a été : "Vous voulez vraiment que moi je le fasse ? Ben, si vous en êtes sûrs, je le ferai, mais ne venez pas pleurer après." (rires) Le manga original a vraiment un côté improvisé, comme s’il avait été écrit d’un trait sans aucune réflexion préalable. J’ai voulu transposer cette impression dans le film. Laisser les images libres et imprévisibles, presque bâclées. Comme si j’avais juste décidé de mettre une petite scène filmée par ci, un peu de CG par là, sans réfléchir, juste pour le fun. (rires) J’espère que c’est l’impression que donne le film quand on le regarde, quelque chose d’inachevé, d’improvisé, comme une réflexion en cours.

Morimoto : Des dessins "bruts" peuvent avoir beaucoup de charme, mais c’est difficile de les faire fonctionner dans un film. D’un autre côté, si l’on se soucie trop de l’aspect qu’aura un dessin à l’écran, il finit par avoir l’air trop propre, sans vie, sans énergie. C’est difficile de trouver le bon équilibre entre les deux.

Watanabe : Ce n’est pas parce que tu fais un dessin dégueulasse vite fait qu’il aura l’air "brut" à l’écran. (rires) Il faut vraiment calculer chaque trait pour obtenir cette impression.

Morimoto : La tension était palpable dans la section de Yuasa. Nous deux, on était à côté en train de travailler sur Animatrix, et ils avaient l’air de s’éclater de l’autre côté. (rires)

Watanabe : Et toutes ces images bizarres qu’ils collaient partout sur les murs, on se disait : "Mais c’est quoi ce film qu’ils sont en train de faire là-bas ?". (rires) J’ai lu le manga et j’ai adoré. Mais j’ai pensé que ce serait vraiment dommage de prendre une musique de film ordinaire pour un manga comme celui-là. Ca le pourrirait complètement ! (rires) Mais personne n’avait l’air de savoir à qui faire faire la musique, alors d’un commun accord avec moi-même je me suis élu producteur musical. (rires)

Yuasa : C’est marrant, je n’ai appris ça que beaucoup plus tard. (rires) Un jour ils me disent : "Ah oui, au fait, c’est Watanabe qui s’occupe de la musique." "Ah bon ?" (rires) J’avais une certaine idée de ce que je voulais, mais je ne savais simplement pas à qui m’adresser...

Watanabe : Yuasa avait fait une sorte de compilation de chansons pour nous faire comprendre ce qu’il voulait. Et wouah, ça partait vraiment dans tous les sens ! (rires) D’une scène à l’autre on passait d’une chanson à quelque chose de totalement différent. Vraiment pas le genre de chose qu’une personne normale demanderait. (rires) Alors j’ai pensé que la seule personne capable de faire ce travail était le tout-puissant Seiichi Yamamoto, le roi de la scène musicale alternative. Il avait fait à peu près tous les genres de musique imaginables. Et sa musique a précisément ce côté brut qui correspondrait au film. Et en plus ils sont tous les deux d’Osaka ! (rires)

Morimoto : La musique était parfaite, c’était incroyable. Vous savez, mes enfants regardaient le film l’autre jour, et à un moment ma femme l’a éteint. C’était la scène de sexe. Elle était énervée. "Qu’est-ce que tu montres aux enfants !?" (rires)

Yuasa : Oooh, elle est pas si terrible.

Watanabe : C’est une scène incroyable.

Morimoto : Je n’en revenais pas que tu puisses révéler autant de choses sur toi à l’écran. "Ah, c’est donc comme ça que Yuasa fait l’amour !" (rires)

Yuasa : Oh non, croyez-moi, je n’ai rien révélé du tout. (rires) En fait je suis beaucoup plus...

Watanabe : ...pas comme ça. (rires)

Yuasa : J’espère que le film est un bon divertissement, c’est tout... Si les gens sortent du cinéma en ayant l’impression d’avoir passé un bon moment, je serai satisfait. Avec un peu de chance, peut-être qu’ils verront le monde un peu différemment après, mais c’est avant tout du bon vieux divertissement pour toute la famille. (Les trois éclatent de rire.)

Watanabe : Ah oui ? (rires)

Fiche technique :

Durée : 1h43
Année de production : 2004
Réalisation et scénario : Masaaki Yuasa
Oeuvre originale : Robin Nishi
Directeur de l’animation et character designer : Yuichiro Sueyoshi
Directeur 3D : Keisuke Sasagawa
Musique : Seiichi Yamamoto
Productrice : Eiko Tanaka
Studio 4°C
Grand Prix au Japan Media Arts Festival 2004

 

Liens :

¤ Sites officiels (japonais) :
Mind Game
Studio 4°C

¤ Vidéos :

- Trailer officiel :
Streaming, WMP (500 kbps)
Streaming, Real (150 kbps)
Real (4,5 Mo)

- Teaser :
Real (2,0 Mo)

- Films promos montés par Koji Morimoto :
"Exciting Remix" : Real (7,3 Mo)
"Love Remix" : Real (6,9 Mo)

- Autres sites :
Page de KojiMorimoto.net dédiée à Mind Game : outre une présentation du film, elle propose tout plein d’images (images du film, fiches perso, scans du manga et du numéro de Newtype dont est extrait l’interview de Yuasa, Watanabe et Morimoto, photos made in Japan des affiches au moment de la sortie cinéma, d’une exposition consacrée au film, du réalisateur, des doubleurs...)
La traduction anglaise de l’interview de Yuasa qui se trouve sur le site officiel, plus sérieuse et plus complète que celle de Newtype.

Pour finir, je ne saurais trop vous recommander les autres oeuvres du Studio 4°C, que vous pourrez découvrir plus en détail sur KojiMorimoto.net. Entre autres : Memories (Morimoto/Okamura/Otomo) et de nombreux courts-métrages : Noiseman Sound Insect (Morimoto), Comedy, cinq segments d’Animatrix...
Et je vous conseille tout aussi chaudement le court-métrage Nekojiru-So, premier film de Yuasa en tant que réalisateur (en fait co-réalisateur avec Tatsuo Sato), dont vous trouverez une présentation ici.

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