^^ Le monde est plus beau avec des oreilles de lapin ^^

Les Liaisons Dangereuses

 

 « Les Liaisons Dangereuses » est un livre mythique, inhabituel. De par son style épistolaire, tout d’abord, inhabituel pour le lecteur. De par son verbe, ses subtilités linguistiques, son style littéraire dont on se repaît avec délice.

Auteur : Pierre-Ambroise Choderlos De Laclos (pas facile à porter…) (1741-1803)
Titre : Les Liaisons Dangereuses
Ecrit en : 1782
Taille : un bon pavé ^^
Style : Roman épistolaire

Qu’est-ce que c’est, « épistolaire » ?

(cultivez-vous un peu)

  • Racine
    adj. formé sur épître au sens de « lettre »
  • Définition exacte
    Le terme épistolaire est à la fois un adjectif et un substantif désignant un genre à part entière, qu’il s’agisse du roman par lettres ou de la publication de correspondances privées. Le roman épistolaire consiste en des lettres (rarement une seule) écrites par un ou plusieurs de ses personnages et adressées soit à des confidents, soit directement à leurs antagonistes
  • C’est-à-dire ?
    Ca veut dire que le style épistolaire, ou l’épistolaire tout court, est un style littéraire qui consiste à mettre des lettres, réelles ou imaginaires, ensemble pour faire un roman. Facile, non ?
  • Qui l’a fait ?
    Les Lettres persanes (Montesquieu, 1721).
    La Nouvelle Héloïse (Rousseau, 1761).
    Le lys dans la vallée (Balzac)
    Comme ça, ça vous dit quelque-chose, ça, hein ?

L’Histoire

La Marquise de Merteuil, perfide et calculatrice veuve libertine, désire se venger du comte de Gercourt. En effet, celui-ci l’a autrefois laissé tombé.
En apprenant qu’il s’apprête à se marier avec la jeune Cécile Volange, la fille d’une de ses amies, elle voit une occasion se profiler.
Elle demande alors au charmant Comte de Valmont, ami à elle tout aussi volage (mais, pour lui, le fait est de notoriété publique) de charmer la petite Volange et déshonorer leur mariage.

Mais, de son côté, Valmont a une autre idée en tête : la présidente de Tourvel, jeune femme vertueuse et pieuse, qui loge actuellement chez sa tante.

Le livre consigne toutes les lettres échangées pendant cette histoire : comment Valmont tentera de charmer la pieuse madame de Tourvel ; le triple rôle de la marquise de Merteuil, confidente de Cécile Volange, amie de sa mère et manipulatrice ; lettres d’amour ou de supplications, confidences ou explications, ces lettres, chacune du style de son auteur, sont replacées dans l’ordre chronologique dans cet ouvrage et décrivent les manipulations et mensonges qui amèneront tous les personnages à leur fin.


Les Personnages

  • La Marquise de Merteuil
    Elle a reçu une éducation assez stricte, mais a vite cultiver l’amour de la psychologie. Elle essayait de comprendre, déjà même manipuler les gens qui l’entouraient. Vite, elle apprend même à jouer de sa physionomie, sourire quand elle est triste ou avoir l’air songeuse quand elle brûle de joie.
    Elle porte rancœur à l’église, en qui elle n’a aucune confiance ; en effet, jeune, elle a avoué à son confesseur avoir fait « Tout ce que les jeunes filles font ». Elle ne savait pas exactement ce que cela signifiait, mais, justement, voulait l’apprendre. Et s’est fait trahir par lui.
    Elle s’est mariée très tôt, vers 16 ans. Elle est arrivée vierge au mariage, brûlant du désir d’en savoir plus.
    Elle découvrit avec son mari les plaisirs de la cher, sans jamais laisser montrer ses sentiments.
    Son mari mourût bien vite de maladie, la laissant veuve. C’est à partir de ce moment qu’elle put pleinement vivre comme elle l’entendait.
    Après une année de veuvage à la campagne, elle revint à la ville. Elle put pleinement y montrer ses talents.
    Tout d’abord, elle se montra légère. Puis, s’amenda, se récria et plongea dans une feinte vertu qui plaisait autant aux femmes strictes, qui montraient en elle un exemple, qu’aux libertines, à qui elle ne faisait plus concurrence.
    Ayant acquis une réputation de prude, elle pût s’amuser avec des hommes tout en gardant une façade digne.
    Son principal amusement est de se jouer des gens, de les manipuler.
    Extrait d’une de ses lettres : « Alors je commençai à déployer sur le grand Théâtre les talents que je m’étais donnés. Mon premier soin fut d’acquérir le renom d’invincible. Pour y parvenir, les hommes qui ne me plaisaient point furent toujours les seuls dont j’eus l’air d’accepter les hommages. Je les employais utilement à me procurer les honneurs de la résistance, tandis que je me livrais sans crainte à l’Amant préféré. Mais, celui-là, ma feinte timidité ne lui a jamais permis de me suivre dans le monde ; et les regards du cercle ont été, ainsi, toujours fixés sur l’Amant malheureux »
  • Le Vicomte de Valmont
    Contrairement à la marquise de Merteuil, son côté libertin est notoirement célèbre. Il badine à droite à gauche, avec des femmes de toute sorte.
    Il s’est mis au défi de réussir à faire sienne la pieuse présidente de Tourvel. Néanmoins, il lui sera difficile de l’amadouer, sa réputation le précédent.
    Il fera croire qu’il se repent, qu’il regrette. Ses lettres à la présidente vont être tour à tour enflammées et suppliantes.
    Il promet à la marquise de s’occuper de la petite Volange, mais celle-ci passe toujours derrière la présidente avec qui il ne semble n’avoir aucune chance. Il finira par réellement tomber sous son charme.
    C’est de lui que l’on doit une des lettres les plus intéressantes, à mon avis, de ce recueil : la lettre qu’il écrit à la présidente de Tourvel, lui disant à quel point il souffre de l’avoir si loin de lui, lettre qu’il écrit en utilisant une jeune fille avec qui il passe la nuit en tant que pupitre.
    Cette lettre montre l’art littéraire délicieux de l’auteur (extrait tout en bas de cet avis)
  • Cécile Volange
    C’est une fille très jeune, très naïve, qui sort à peine du couvent. Elle a rejoint sa mère pour se marier avec le comte de Gercourt.
    Sensuelle et absolument sans principe, elle se laissera facilement manipuler par l’amie de sa mère, la marquise de Merteuil. C’ est le stéréotype de la sotte ingénue sortant du couvent, ne sachant absolument rien de la vie et prête ç faire n’importe quoi.
  • La Présidente de Tourvel
    On a peu de détails sur la vie de la présidente. Femme mariée, vertueuse et très pieuse, elle est l’idéal féminin bourgeois, un véritable modèle de vertu, respectée de tous.
    C’est une femme entière. Elle est prête à tout pour la religion, prête à tout pour son mari, prête à tout pour l’homme qu’elle aime.
Nous avons ici les principaux personnages de ce roman.

Je pourrais ajouter quelques mots brefs sur les autres :

  • Le chevalier de Danceney
    Lasse de l’inaction de Valmont, la marquise de Merteuil décide de jeter Cécile dans les bras de ce doux jeune homme.
  • La mère de Cécile
    Amie de Mme de Merteuil, elle est tout autant manipulée par elle et, à son insu, fera l’exact contraire de ce qu’il faudrait pour l’éducation de sa fille.

L’Auteur

Je vais éviter de trop vous barber avec une réelle biographie qui, pour en avoir lu pas mal, serait franchement barbante.

Pour faire bref, Pierre Ambroise Choderlos de Laclos, que nous appelleront Laclos tout court par mesure de simplicité -et PACL c’est pas terrible-, vit le jour à Amiens en 1741.

Né dans une famille de la petite noblesse, il entre rapidement dans l’armée.

Là, il lui arrive des milliards de choses dont tout le monde se fiche. Les deux seules choses marquantes sont qu’il participe au coup d’était du 18 brumaire et à la victoire de Valmy.

Vite, il se lasse de l’armée et commence à écrire. Contrairement à ce que l’on pense, « les liaisons dangereuses » n’est pas sa seule œuvre. Uniquement la seule qui vaille le coup, en fait.

Il connaît bien Rousseau, et est contemporain avec Sade.

Côté cœur, il rencontre une certaine Marie-Solange Duperré en 1783. Elle lui fait un enfant. Trois ans après, il l’épouse et reconnaît l’enfant.


Adaptations cinématographiques


Les Liaisons dangereuses, de Stephen Frears.
Date de parution : 1 janvier 2001
Éditeur : Warner Home Vidéo
Avec : Glenn Close, John Malkovich, Michelle Pfeiffer, Keanu Reeves, Uma Thurman

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Sexe Intention / Cruel Intention
Version revisitée / special "djeunz", mais qui bénéficie, si je me souviens bien, d’une bonne BO.
Réalisé par Roger Kumble
Date de parution : 1999
Avec : Ryan Phillippe, Sarah Michelle Gellar, Reese Witherspoon, Joshua Jackson, Selma Blair


Avis

Ce livre est une pure merveille. Un délice littéraire. Attention tout de même aux allergiques au 18è siècle, ou à tous ceux qui pensent qu’un livre qui a plus de 10 ans n’a aucun intérêt.

Après plus de deux siècles, ce livre inspire toujours pour le théâtre ou le cinéma, malgré la difficulté compréhensible à mettre en scène un roman épistolaire.

Il nous plonge à travers cette époque aristocrate de femmes vertueuses et de libertines, de mensonges et manipulations.

Néanmoins, la fin est « morale », c’est-à-dire tragique pour tous les protagonistes.


Extraits


J’ai choisi deux extraits de ce recueil. Un troisième m’aurait plu, mais était réellement trop gros…

Le premier extrait est un poème de la marquise de Merteuil expliquant bien sa façon de penser.

Le second, une lettre de Valmont envoyée à la présidente, depuis le lit d’une autre jeune fille. Notez le double sens superbe de cette lettre, à la fois amoureux passionné et libertin en plein exercice ^^

 

"On s’ennuie de tout, mon ange, c’est une loi de la nature ; ce n’est pas ma faute.
"Si donc, je m’ennuie aujourd’hui d’une aventure qui m a occupé entièrement depuis quatre mortels mois, ce n’est pas ma faute.
"Si, par exemple, j’ai eu juste autant d’amour que toi de vertu, et c’est sûrement beaucoup dire, il n’est pas étonnant que l’un ait fini en même temps que l’autre. Ce n’est pas ma faute.
"Il suit de là, que depuis quelque temps je t’ai trompée : mais aussi, ton impitoyable tendresse m’y forçait en quelque sorte ! Ce n’est pas ma faute.
"Aujourd’hui, une femme que j’aime éperdument exige que je te sacrifie. Ce n’est pas ma faute.
"Je sens bien que voilà une belle occasion de crier au parjure : mais si la Nature n’a accordé aux hommes que la constance, tandis qu’elle donnait aux femmes l’obstination, ce n’est pas ma faute.
"Crois-moi, choisis un autre amant, comme j’ai fait une autre maîtresse. Ce conseil est bon, très bon ; si tu le trouves mauvais, ce n’est pas ma faute.
"Adieu, mon ange, je t’ai prise avec plaisir, je te quitte sans regret : je te reviendrai peut-être. Ainsi va le monde. Ce n’est pas ma faute."

LETTRE XLVIII
LE VICOMTE DE VALMONT A LA PRESIDENTE DE TOURVEL

C’est après une nuit orageuse, et pendant laquelle je n’ai pas fermé l’oeil ; c’est après avoir été sans cesse ou dans l’agitation d’une ardeur dévorante, ou dans l’entier anéantissement de toutes les facultés de mon âme, que je viens chercher auprès de vous, Madame, un calme dont j’ai besoin, et dont pourtant je n’espère pas jouir encore. En effet, la situation où je suis en vous écrivant, me fait connaître plus que jamais, la puissance irrésistible de l’amour ; j’ai peine à conserver assez d’empire sur moi pour mettre quelque ordre dans mes idées ; et déjà je prévois que je ne finirai pas cette lettre, sans être obligé de l’interrompre. Quoi ! ne puis-je donc espérer que vous partagerez quelque jour le trouble que j’éprouve en ce moment ? J’ose croire cependant que, si vous le connaissiez bien, vous n’y seriez pas entièrement insensible. Croyez-moi, Madame, la froide tranquillité, le sommeil de l’âme, image de la mort, ne mènent point au bonheur ; les passions actives peuvent seules y conduire ; et malgré les tourments que vous me faites éprouver, je crois pouvoir assurer sans crainte, que, dans ce moment, je suis plus heureux que vous. En vain m’accablez-vous de vos rigueurs désolantes, elles ne m’empêchent point de m’abandonner entièrement à l’amour et d’oublier, dans le délire qu’il me cause, le désespoir auquel vous me livrez. C’est ainsi que je veux me venger de l’exil auquel vous me condamnez. Jamais je n’eus tant de plaisir en vous écrivant ; jamais je ne ressentis, dans cette occupation, une émotion si douce et cependant si vive. Tout semble augmenter mes transports : l’air que je respire est plein de volupté ; la table même sur laquelle je vous écris, consacrée pour la première fois à cet usage, devient pour moi l’autel sacré de l’amour ; combien elle va s’embellir à mes yeux ! j’aurai tracé sur elle le serment de vous aimer toujours ! Pardonnez, je vous en supplie, au désordre de mes sens. Je devrais peut être m’abandonner moins à des transports que vous ne partagez pas : il faut vous quitter un moment pour dissiper une ivresse qui s’augmente à chaque instant, et qui devient plus forte que moi.
je reviens à vous, Madame, et sans doute j’y reviens toujours avec le même empressement. Cependant le sentiment du bonheur a fui loin de moi ; il a fait place à celui des privations cruelles. A quoi me sert-il de vous parler de mes sentiments, si je cherche en vain les moyens de vous convaincre ? après tant d’efforts réitérés, la confiance et la force m’abandonnent à la fois. Si je me retrace encore les plaisirs de l’amour, c’est pour sentir plus vivement le regret d’en être privé. Je ne me vois de ressource que dans votre indulgence, et je sens trop, dans ce moment, combien j’en ai besoin pour espérer de l’obtenir. Cependant, jamais mon amour ne fut plus respectueux, jamais il ne dut moins vous offenser ; il est tel, j’ose le dire, que la vertu la plus sévère ne devrait pas le craindre : mais je crains moi-même de vous entretenir plus longtemps de la peine que j’éprouve. Assuré que l’objet qui la cause ne la partage pas, il ne faut pas au moins abuser de ses bontés ; et ce serait le faire, que d’employer plus de temps à vous retracer cette douloureuse image. Je ne prends plus que celui de vous supplier de me répondre, et de ne jamais douter de la vérité de mes sentiments

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