A ce stade de mon exposé, je dois adresser une mise en garde ferme et solennelle au lecteur qui, abruti par un flot de conneries mettant à rude épreuve des facultés intellectuelles de toute évidence très limitées dès l’origine (comment expliquer autrement qu’il ait poursuivi si loin la lecture d’un discours donc l’incohérence et l’interminabilité des phrases valent à son auteur l’admiration et les louanges unanimes des deux petits bonhommes qui habitent dans son oreille), serait tenté de croire que le paragraphe dont il entame à présent la lecture traiterait d’un sujet trivial et serait constitué d’une simple liste de conseils ou d’instructions pratiques ayant pour seul but d’assurer l’alimentation et l’hygiène quotidienne du bonsaï. Ah ! Quelle grossière erreur ! Quelle désolante naïveté ! Et que la distance est grande entre ces considérations bassement matérielles et le véritable objectif de l’élevage du bonsaï ! Certes, la première mission de l’adepte du noble art bonsaïeux est d’ordre éducatif et hygiénique et son accomplissement est une nécessité préalable à l’établissement de toute connexion spiritualo-psychico-vibro-enseignatoire entre le petit être et son environnement. Cependant, à l’aube du XXIème siècle, l’entretien du bonsaï revêt une toute autre importance.
Gardons-nous tout d’abord d’apporter un quelconque crédit aux délires absurdes des quelques pseudo-bonsaïologues qui prétendent pratiquer leur art dans un souci d’esthétique. Comment prendre au sérieux de tels imposteurs à la vue de ces pauvres touffes de brindilles enchevêtrées à côté desquelles le premier balai de chiottes venu fait figure de Vénus de Milo (avec des poils). Ne laissons pas ces menteurs irresponsables détourner notre attention de l’enjeu fondamental qui doit habiter l’esprit de tout être humain sensible au message pur et pacifique du bonsaï dans une époque aussi pervertie et corrompue que la nôtre. En effet, si la philosophie du bonsaï a naturellement vocation à illuminer notre société barbare d’amour, de sagesse et de chlorophylle, il subit en retour une influence maléfique contre laquelle il est sans défense. La dépravation ambiante fait du bonsaï un être faible et met en péril non seulement la pérennité de son enseignement, mais jusqu’à son existence même.
Face à une telle menace, l’éducation douce et non-violente telle qu’elle fut pratiquée par les bonzes-aïe dans une nature sauvage et préservée ne suffit plus, et un seul remède s’impose : torture, humiliations, mauvais traitements, violences et sévices divers (ensemble de pratiques couramment désignées par l’acronyme thmtvsd, comme torture, humiliations, mauvais traitements, violences et sévices divers), administrés consciencieusement, sans trêve, sans relâche et sans pitié, réveilleront les instincts primaires du bonsaï et développeront sa capacité à délivrer un message adapté à la société moderne.
La méthode thmtvsd s’apparente plus à une philosophie fixant un cadre général de conduite qu’à une liste de directives précises, et je ne peux que recommander à l’éleveur de laisser libre cours à son imagination. Voici néanmoins, à titre d’exemple, une courte liste de pratiques parmi les plus courantes qui, je l’espère, inspirera l’apprenti sadobonsaïologue. Notez l’astuce des concepteurs de la méthode qui ont malicieusement dissimulé ces pratiques barbares sous des appellations parfaitement neutres et anodines, les protégeant ainsi de la curiosité excessive du peuple ignare.
Note de l’auteur : Je reçois à l’instant un télégramme du petit Bernard-André, qui se plaint de la difficulté de prononciation de l’acronyme thmtvsd. Cher Bernard-André, je conçois que cela puisse poser problème au débutant ou au dyslexique. Cependant, si tu t’entraînes à le prononcer distinctement devant un miroir, je peux t’assurer que tu auras l’air con.
Il est important que chaque bonsaï bénéficie d’un traitement thmtvsd personnalisé pour répondre à ses besoins. Ce traitement pourra susciter des réactions variées autant qu’inattendues. Il convient donc de rester à l’écoute du petit être afin d’être toujours en mesure d’apporter une solution adaptée à tout éventuel problème. Voici quelques derniers conseils pour vous y aider.
| Problème | Solution |
| Les feuilles de mon bonsaï jaunissent : | Déclamez un poème romantique. |
| Les feuilles de mon bonsaï tombent : | Buvez un coup (c’est toujours ça de pris). |
| Mon bonsaï ne bouge plus / ne répond plus : | Exécutez la technique dite de la paire de claques (du plat de la main à la base des branches, ça fait plus mal) ou, si celle-ci reste sans effet, le bouche-à-stomate. |
| Mon bonsaï danse la gigue avec un entrain inhabituel : | Envoyez-le (par la fenêtre, ça ira plus vite) dépenser utilement son énergie en allant racheter de la bière, le dernier pack s’est mystérieusement évaporé et il y est sûrement pour quelque chose. |
| Mon bonsaï est à moitié mort et a l’air particulièrement con avec un côté chauve et un côté plein de débuts de pousses bizarres qui partent dans tous les sens : | Félicitations, vous avez atteint le niveau de Grand Maître du bonsaï. Votre intelligence diminue de 5, vous gagnez un point de fidélité chez Nicolas. |